La Seine par les Bacs

Préambule.

LES BACS de Seine.

Par Monsieur Paul BONMARTEL, historien du Pays de Caux.

Vous allez inaugurer une route qui n’existe pas , « La route des bacs » . Après celles des abbayes, des fruits, des chaumières et je dois en oublier. Quelle chance vous avez.

Vous allez traverser la Seine, aller de l’autre côté de l’eau, de l’iau comme disait mon grand-père. Effectuer des mini-croisières, les bacs ont encore de belles années.

Car la Seine ne fût jamais une frontière, plutôt une contrainte. Dès l’origine l’embarcation est le seul moyen d’aller d’une rive à l’autre. Restaient les gués, la rivière étant très large avant les endiguements à partir de 1850. Les gouvernements ont très tôt créé les passages d’eaux.

En 1900, on comptait 19 bacs entre Rouen et Tancarville. Je vous rassure aujourd’hui vous ne franchirez que 6 fois la Seine. Mais les petites barques perdureront des années, la dernière celle du Trait équipée d’un moteur- hors-bord cessera le service en 1975.

Puis arrive l’âge de la vapeur. Tout change, il faut draguer la Seine, creuser son lit, construire des berges car le port de Rouen ne veut pas mourir. Les bacs ne sont plus en bois, mais en fer rivetés, équipés d’une machine à vapeur avec une roue à aubes. Établir des cales en pente, enfoncer des ducs- d’Albe , imaginez les chantiers. Le premier bac à vapeur de France traverse à Caudebec en 1868, à Duclair en1872, à la Mailleraye 10 ans plus tard. Le bac Ampère mis en service en 1909 à Quillebeuf et Port Jérôme fut le seul bac électrique jamais utilisé sur la Basse-Seine . A partir de 1925, ils seront équipés d’hélices. Du charbon passeront au fuel. Comme on n’arrête pas le progrès de nos jours plus de gouvernail, plus d’hélice : des propulseurs. Et un radar en 1973.

Nos bacs actuels sont gérés par le département. Parlons de ceux que vous allez utiliser. Deux gros bacs à Duclair et Quillebeuf, quatre dit petits pour les autres passages. Nuance : les gros sont dits maritimes sont donc embarqués des inscrits maritimes (régis par des lois datant de Colbert). Les petits bacs embarquent les autres. Différence, une affaire de puissance des machines et … les retraites, les marins partent à 55 ans.

Sur les premiers cités embarquent un capitaine, un chef mécanicien, brevetés et deux marins. Un capitaine qui possède une licence fluviale et un marin sur les petits bacs. L’été le marin est souvent un étudiant, les papas travaillent dans le fluvial. Tout ce monde assure le service en trois bordées.

Ces bacs amphidromes , quel mot peu usité, contrairement aux autres navires, ont leur poste de pilotage dans le milieu de la passerelle. Le capitaine change de bord à chaque traversée pour être dans le sens de la marche . Où est tribord sur un bac ? Les bacs ne sont jamais prioritaires sur les navires ou péniches . Ils assurent le service par tous les temps. Une chose les arrête les fortes crues . Trop d’eau on ne peut plus embarquer les voitures. On peut penser qu’il se passe des anecdotes . Et bien non, très peu et c’est tant mieux disent les équipages. Avant la guerre un seul accident avec des victimes à Caudebec. Plus récemment ,un scooter qui embarque avant le signal le soleil dans les yeux, le conducteur n’a pas vu le filin tendu. Les voitures qui ne démarrent pas à marée basse, pour les remonter, la poussette est longue. Et pour finir, les voitures oubliées sur le bac : on part à pied par étourderie. Pendant le casse-croûte le flot est monté : l’équipage remonte à bord les pieds nus. Les bacs auront toujours un défaut : ils partent toujours en avance pour les retardataires. Une chose qu’il faut savoir, si le bac part complet, il viendra vous reprendre de suite.

Ils ont encore de belles années à traverser la Seine. Passer le bac! Cette mini-croisière, c’est quand même autre chose que de rouler sur un pont.

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LE PARCOURS LA SEINE PAR SES BACS.

Ballade proposée par la FFMC 76.

(Environ 164 km – Prévoir des délais avec le passage des bacs, toujours plus ou moins long).

(Les bacs de La Bouille – Duclair – Le Mesnil sous Jumièges – Jumièges – Yainville – Quillebeuf).

Vous partirez de Rouen, ville d’art et d’histoire, que nous vous convions à visiter avant toute chose, tant l’histoire de la vallée de Seine et de ses bacs est étroitement liée à celle de la grande ville Normande.

Vous y trouverez d’ailleurs, des places de parking dédiés à la moto, qui faciliteront au mieux votre séjour curieux.

Jeanne d’Arc bien sur, mais aussi Corneille, Cavelier de la Salle, Flaubert, Malo, Leblanc (Arsène Lupin), Nicol (Prix Nobel de médecine), Anquetil, Annie Duperey (comédienne), et bien d’autres à découvrir sur le site https://defigrandesecoles.lexpress.fr/business-school-rouen/2013/03/17/les-25-personnalites-natives-de-la-region-rouennaise/.

Engagez vous le long de la Seine, vous passerez devant le marché d’intérêt économique sur votre droite et aussitôt après, prenez à gauche (prenez la D 51), direction Val de la Haye et Sahurs.

Si le rivage de la Seine de Rouen au Val de la Haye est surtout occupé par une activité économique importante, vous remarquerez tout de même quelques belles vieilles maisons sur le bord de votre route, ainsi que sur la gauche, une colonne élevée à la mémoire du retour de Sainte Hellène, des cendres de Napoléon premier.

Après un virage à 90° sur la droite, vous entrerez dans le village de Hautot sur Seine où vous admirerez la vieille église sur votre gauche, et au fond d’un parc, le château (il date de l’époque Louis XV), qui ne se visite pas (restez sur la D 51).

Vous continuerez jusqu’à la commune de SAHURS, la vieille église et le porche du Manoir de Marbeuf sont à visiter et à voir. Au premier croisement, tournez à gauche en direction de La Bouille. Vous arrivez au premier bac de votre périple.

Vous trouverez les horaires de bacs de Seine sur le site « HORAIRE DES BACS DE SEINE ».

En règle général en été, tous les bacs fonctionnent suivant les horaires indiqués. Se méfier toutefois, car certains peuvent être en arrêt à cause d’avaries ou de problèmes de navigations comme pendant les fortes marées. En effet, pendant les marées dites de « vives eaux », c’est à dire avec des coefficients importants, certains embarquements peuvent s’avérer impossibles ou au moins, très délicats. Dans ces cas de figures, rares il faut le dire, les départs peuvent être retardés.

(Se souvenir aussi, que le Bac de Yainville ne fonctionne pas le Dimanche. Si vous vous promenez sur le parcours un dimanche, vous devrez prendre la pont de Brotonne à la place).

Une fois le bac de La Bouille passé, vous vous trouvez naturellement dans la bourgade de La Bouille, petit village typique de la vallée de Seine, où vous pourrez vous arrêter pour consommer une boisson, prendre un repas ou dormir dans un des hôtels et restaurants qui bordent la Seine.

Se réveiller le matin en regardant un énorme navire de commerce remonter ou bien descendre le fleuve, est une expérience qui vaut le détour!

Reprenez la route maintenant (par la D 64), en direction de Duclair. Vous allez rouler le long de la Seine et rejoindrez Bardouville où vous quitterez la départementale 64 pour rejoindre par la rue du calvaire à votre droite juste avant la sortie du village la route des monts (sensiblement parallèle à la D 64), qui vous mènera jusqu’à Anneville Ambourville, où vous pourrez admirer l’église Saint Rémi et le manoir de la cheminée tournante à Ambourville, manoir des Templiers du XIIIe siècle, composé d’un logis élevé sur deux niveaux tout en pierre, couvert en ardoise, avec sur la façade d’arrivée, une tourelle ajoutée au XVe siècle. Sur le côté sont un massif colombier et une vaste grange médiévale.

Visibles aussi, l’église Notre Dame de l’assomption d’Anneville, l’église Saint Rémi d’Ambourville et la chapelle Notre Dame de Bon Port.

Il fait bon se promener à pied dans ce petit village. Posez les motos et allez flâner dans les petites rues qui vous emmèneront jusque près du fleuve.

Vous allez de nouveau enfourcher vos montures et vous diriger vers Duclair.

(Au Haridon, reprenez la D 64 jusqu’à l’embarcadère du bac).

Duclair possède le plus grand bac de la vallée de Seine. Les marins sont des inscrits Maritimes, comme sur les gros cargos qui remontent ou descendent la Seine. Dans cette boucle de la vallée, l’exploitation du silex pour en fabriquer des gravillons en vue de les utiliser comme matériaux de construction, fait que de très gros poids lourds doivent emprunter ce bac afin de desservir les chantiers et sous traitants environnants. Quand vous embarquerez, peut être serez vous voisin d’un de ces énormes poids lourds, aux dimensions impressionnantes.

Duclair vaut une pause. De l’hôtel de la poste où fût tourné un film avec Jean Gabin, à l’église avec son architecture si particulière et sa place de l’hôtel de ville rénovée depuis peu, une promenade s’impose où il vous sera loisible de faire quelques emplettes pour la poursuite de votre randonnée.

En sortant de Duclair, prenez à gauche (par la départementale 65). Vous suivrez ainsi la rive droite de la Seine jusqu’au bac du Mesnil sur Jumièges.

Le petit bac du Mesnil, dont l’équipage est salarié du Département et n’a donc pas le statut d’inscrit maritime, vous transportera jusqu’au village de Yville sur Seine (par la D 265, dite route du Marais). Ce petit village mérite que l’on s’y arrête! Nous vous invitons à parcourir à pied si possible, les petites rues de cette localité où les vielles maisons côtoient un très beau château qui malheureusement, ne peut se visiter que sur Internet!

Le château d’Yville sur Seine.

Pour continuer votre voyage, il va vous falloir maintenant, quitter la Seine quelques instants, et gagner la magnifique forêt de Brotonne.

A YVILLE sur SEINE, (prenez la D45, puis la D91). Vous quitterez celle-ci juste en prenant « La cavée Renard », pour rejoindre Barneville sur Seine. En suivant la route de Barneville, vous arriverez (sur la départementale 913), qui traverse la forêt de Brotonne. Quelques kilomètres après avoir emprunté cette route, allez voir sur votre gauche, « le chêne cuve », curiosité naturelle auréolée d’histoires.

C’est un arbre forestier aux troncs multiples et à la hauteur impressionnante. Il est difficile d’apprécier si sa forme résulte de la soudure de plusieurs individus ou bien s’il s’agit d’un arbre unique, à la conformation peu commune.

Après que la route eut fait un léger « S », (tournez à droite sur la D 143) en direction de Jumièges. Vous allez quitter la forêt pour retrouver la Seine, qui serpente aux pieds d’une magnifique abbaye de renommée internationale, l’abbaye de Jumièges.

Après avoir retraversé la Seine par le Bac de JUMIEGES, prenez la rue Alphonse CALLAIS qui vous emmène tout droit sur l’Abbaye. Si vous en avez le temps, n’hésitez pas à visiter l’abbaye. Elle est en ruine, mais quelles ruines! En été, diverses expositions ou concerts y sont organisés. Vous pourrez en face de ce monument magnifique, vous restaurer dans les établissements qui ne manquent pas sur la place du village.

Traversez Jumièges par la route de YAINVILLE (D 143), et continuez ensuite votre route pour rejoindre via le bourg de Yainville (très belle église) (et la D 20), le bac du même nom. Une fois traversé la Seine par ce petit bac, tournez à droite pour rejoindre la ville de La Mailleraye sur Seine (par la D 65). Cette petite ville accueillait jadis un bac qui la reliait à la ville de Le Trait qui se trouve en face. Ce bac a disparu, ainsi que celui de Caudebec en Caux, après la mise en service du pont de Brotonne.

Vous traverserez La Mailleraye non sans passer par le bord de Seine, que la ville a mis en valeur d’une heureuse façon. Endroit idéal pour une promenade sur la berge, avant de reprendre la route sur la même rive.

Continuez votre course via Notre Dame de Bliquetuit continuez sur la D 65. Vous traversez la D 490 qui traverse la forêt de Brotonne, grâce à un pont qui vous emmène désormais, sur la route dite des chaumières.

Commence alors pour vous une magnifique promenade. Cette route des chaumières vous fera passer dans de petits villages comme Vatteville la Rue, Aizier et Vieux Port. Chacun de ces villages valent une petite halte et tous vous proposent des aires de repos près (ou non) du fleuve, mais toujours agréables à fréquenter. Pour ce faire, vous resterez sur la D 65.

Il vous faudra monter jusqu’à Trouville la Haule (par la D 95), où vous tournerez à droite, pour redescendre sur Quilebeuf sur Seine, où vous prendrez le dernier bac de votre journée.

Passage obligé que certains trouverons moins agréable, mais qui procure cependant du travail à une grande part de la population locale, les différentes usines de raffinage et de fabrication de polymères se trouvent en effet réunies sur la commune de Notre Dame de Gravenchon.

Touristiquement peu attractive, cette commune est d’une extrême importance pour la Seine Maritime. Sans s’étendre d’avantage sur le sujet, on comprend son intérêt social par son importante production industrielle, dans cette vallée qui n’est pas seulement un lieu de visite touristique, mais aussi un bassin d’emploi irrigué en main d’œuvre par toute la région.

Le bac passé, la Seine franchie, vous reprendrez la route sur votre droite (par la D 81), direction Caudebec en Caux.

  Nous vous conseillons de prendre la petite route, après Notre Dame de Gravenchon (D 281), qui passe par Petiville et Norville. Ce sera pour vous, l’occasion de contempler le très beau château d’Etelan, à Saint Maurice d’Etelan, avant Norville. Le château est parfois visitable, et nous ne saurions trop vous en conseiller la visite.

Et puis vous traverserez Villequier (par la D 81).

« Demain dès l’aube, à l’heure ou blanchi la campagne, je partirai. Vois tu, je sais que tu m’attends ».

Victor Hugo y a perdu sa fille Léopoldine. Il l’a pleuré dans ce très beau poème que certains d’entre nous, ont appris à l’école. Vous pourrez voir la tombe de Léopoldine ainsi que celle de sa mère et épouse de Victor, Adèle, dans le petit cimetière qui jouxte l’église du village.

Si vous vous promenez le long de la berge, le long des vieilles maisons qui la bordent, vous passerez immanquablement à coté du musée Victor Hugo, installé dans la maison des Vacquerie, que la famille Hugo fréquentait et dont un des fils avait épousé Léopoldine. Les deux jeunes amoureux sont morts noyés dans la seine.

Et puis Caudebec! Qui s’appelle maintenant « Rives en Seine »! Caudebec en Caux est une ville martyr! Quasiment rasée pendant la dernière guerre mondiale et à tour de rôle, par les différents protagonistes, elle a su se relever un peu dans les mêmes conditions et le même plan Marchal que Le Havre et Yvetôt, après la deuxième guerre mondiale.

C’est une ville particulièrement animée en été et ses cafés, restaurants et différents magasins sis sur les quais, vous offrirons avant de rentrer chez vous, de quoi vous restaurer et emporter dans votre sac de voyage, les souvenirs qui vont bien avec cette belle sortie.

Allez également voir la façade de l’église. Les personnages qui y sont sculptés ont la particularité d’être bien peu catholiques…

Vous êtes sur le point de terminer votre ballade dans les boucles de la Seine Normande.

Pour rejoindre l’autoroute A13, passez le Pont de Brotonne et continuez tout droit. Pour ceux qui rentrent sur Rouen, vous pouvez continuer par la D81 puis la D982, qui vous fera passer par Le Trait, ville industrielle riche d’un passé ouvrier avec ses chantiers fermés en 1970, puis Duclair et Saint Martin de Bocherville où vous pourrez admirer votre dernière abbaye de la journée, qui n’est pas en ruine, celle là.

Quelques kilomètres vous séparent de Rouen que vous atteindrez après avoir traversé la forêt de Canteleu.

Nous espérons vivement que cette ballade concoctée par la FFMC 76 vous aura comblée et nous vous donnons rendez-vous sur d’autres itinéraires Normands, que nous ne manquerons pas de vous proposer prochainement.

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La Seine par ses bacs 

Crédit photos : Cyril BackPixel

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